LES ACTUALITES

Cortisone : pourquoi elle reste incontournable

En dépit de nombreux effets indésirables si elle est prescrite sur le long terme, cette molécule anti-inflammatoire reste un produit majeur pour soulager la douleur.

Pour toutes les douleurs d'origine inflammatoire, la cortisone a de nombreux avantages. Primo, elle mobilise des hormones naturelles, des corticoïdes que sécrètent de façon quotidienne deux petites glandes situées au-dessus des reins, les surrénales, pour réguler nos taux de sucre, lutter contre des inflammations ou contrer le processus de l'allergie. Secundo, même s'ils ressemblent beaucoup à ces substances, les médicaments prescrits à base de cortisone sont évidemment des produits de synthèse, qui ont pour eux d'être non toxiques, d'où une dose pouvant être augmentée afin d'accroître les effets. Voilà pourquoi la cortisone a valu à ses inventeurs le prix Nobel de médecine et de physiologie en 1950. Et elle reste si efficace que, souvent, on ne peut pas s'en passer pour soulager des lombalgies persistantes, des hernies discales ou des crises de sciatique.
 
Son mode d'administration sous forme d'infiltrations - des injections en nombre limité dans l'articulation - prévient alors l'essentiel de ses effets secondaires. Car malheureusement, sur le long terme, la cortisone présente une liste impressionnante d'effets indésirables. Et c'est un fait avéré à travers nombre d'études effectuées ces dernières années. Par exemple, celle menée en 2006 par l'équipe américaine du Pr Jeffrey Curtis à l'université d'Alabama, en interrogeant a posteriori plus de 2 000 patients. Ou encore, le suivi d'un millier de malades réalisé en 2009 par le Dr Dörte Huscher et ses collaborateurs du Centre de recherche allemand sur les rhumatismes de Berlin. Tous aboutissent peu ou prou aux mêmes conclusions.
 
Prise de poids
Au-delà d'une durée de prescription de trois mois, la cortisone entraîne une rétention d'eau et de sel, qui peut faire gonfler mais surtout être source de problèmes si l'on souffre d'hypertension ou d'insuffisance cardiaque. La prise de poids est ainsi la plainte rapportée par 70 % des malades dans l'étude de Jeffrey Curtis. Autres problèmes rencontrés par eux, l'accentuation de la cataracte (15 %) et des fractures (12 %). Quand la prescription de cortisone s'étale dans le temps, elle peut en effet s'avérer responsable d'une fonte de la masse musculaire et, plus embêtant, participer à la déminéralisation des os, donc à leur fragilisation. Enfin, en faisant grimper le taux de sucre dans le sang, ce médicament peut se révéler dangereux pour les diabétiques, surtout s'ils ignorent tout de leur maladie. Et comme le fait remarquer le Dr Jean-Yves Maigne, rhumatologue à l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu, «il faut parfois les mettre sous insuline ou en augmenter la dose pour réguler la glycémie».
Les effets indésirables sont avant tout tributaires de la durée de prescription. Sur ce point, les médecins sont unanimes: dès lors qu'on l'utilise sur une courte durée - ce qui est le cas pour une infiltration -, la cortisone n'a que du bon! Quant à son utilisation sur le long terme, notamment pour soulager les malades souffrant de polyarthrite rhumatoïde, les études ont prouvé que les effets secondaires dépendent énormément de la dose prescrite. Et si ceux-ci sont alors inévitables, ils peuvent être minorés en suivant les conseils du médecin, par exemple avec un régime adapté: moins de sel et de sucre, plus de protéines, de produits laitiers, de fruits secs et de légumes verts, etc.
 
le Figaro santé, Anne Lefevre-Balleydier, 01/07/16
 
 

Demain Tous allergiques ?


Loin d'être anodines, les allergies, en augmentation exponentielle sur toute la planète, sont en passe de compter parmi les pathologies du siècle. L'OMS les classe au 4e rang des maladies chroniques dans le monde. Plus inquiétant encore, l'organisation estime que, d'ici à 2050, une personne sur deux sera allergique. En France, 25 à 30 % de personnes en souffrent aujourd'hui.
Un nombre qui a doublé en 20 ans, et notamment chez les enfants et les adolescents. Mais d'où nous viennent ces allergies et pourquoi cette soudaine flambée, alors que la maladie n'était pas un sujet dans les années 50, 60 et même 70 ? «L'allergie, c'est une réponse inappropriée et excessive du système immunitaire lorsque l'organisme est mis en contact avec une substance étrangère identifiée à tort comme dangereuse, explique Denise-Anne Moneret-Vautrin, professeur à la faculté de médecine de l'université Henri-Poincaré de Nancy. C'est une maladie multifactorielle, complexe, qui naît de la rencontre d'une prédisposition génétique avec plusieurs facteurs environnementaux. Elle peut survenir à tout moment, à n'importe quel âge.» Ce dysfonctionnement peut avoir une multitude de facteurs déclenchants. Le plus notoire et le plus répandu reste le pollen. Plus pernicieux encore, l'ennemi se nicherait jusque dans nos alcôves et s'épanouirait dans nos intérieurs de plus en plus confinés et le plus souvent mal ventilés et mal aérés, devenus de vrais bouillons de culture où prolifèrent microbes, acariens et moisissures.
Nos amies les bêtes ont aussi leur part de responsabilité, l'allergène se dissimulant dans leurs poils, leur salive, leurs débris de peau… Le mal est aussi grandement dans nos assiettes : dans les pays industrialisés, les allergies alimentaires (à distinguer des intolérances alimentaires, qui ne font pas intervenir le système immunitaire et ne présentent pas les mêmes symptômes) affecteraient 10 à 25 % des enfants et jusqu'à 10% des adultes. Reste que pour ceux qui souffrent d'allergie, la vie est compliquée, même si la pathologie est trop souvent banalisée. Et pour les enfants toujours plus nombreux à souffrir d'allergies, le parcours du combattant est de tous les instants. Il faut éviter les allergènes à la maison, à l'école, à la cantine, en vacances… Face à ce fléau croissant, pourtant, la lutte s'organise. Un peu dans tous les sens, et de façon parcellaire. Des mesures que les associations jugent toutefois encore très insuffisantes face à l'ampleur de ce fléau dans l'air du temps
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Martine Betti-Cusso Le figaro santé

 

Le froid s'affirme comme traitement contre le cancer

La technique de la cryothérapie connaît un développement rapide, en particulier pour traiter les petites tumeurs.

De petites sondes métalliques, refroidies par une circulation liquide d'azote ou d'argon, pénètrent au cœur des organes et détruisent de petites tumeurs cancéreuses ou des groupes de cellules qui perturbent le fonctionnement du cœur. Si la médecine a su depuis longtemps utiliser le froid par l'extérieur, son application à l'intérieur de l'organisme est plus récente. Il est désormais utilisé aussi souvent que le chaud dans certains troubles du rythme et prend une importance de plus en plus grande pour le traitement de certaines tumeurs, notamment lorsque la chirurgie n'est pas possible.

«Le froid offre l'avantage, par rapport au chaud, d'avoir un effet progressif», souligne le Pr Jean-Claude Deharo, cardiologue spécialisé en rythmologie au CHU de La Timone, à Marseille. «Il est possible d'interrompre son application pour éviter d'abîmer des tissus proches de la zone à traiter.» Le froid détruit toutes les cellules qu'il atteint, saines ou non: la dextérité du médecin et les outils qui lui permettent de contrôler l'application du traitement sont essentiels pour cibler son effet. Les troubles du rythme sont souvent provoqués par des petits groupes de cellules cardiaques ou vasculaires dont l'activité électrique n'est plus synchronisée avec les autres cellules. Le froid interrompt cette activité électrique avant de détruire les cellules: le médecin peut donc contrôler que les cellules qu'ils visent sont bien responsables de l'arythmie à traiter avant d'appliquer le froid profond qui les éliminera définitivement.

Des glaçons dans la cellule

La position exacte des cryosondes, qui apportent le froid jusqu'aux cellules à détruire, est toujours contrôlée en direct par imagerie: échographie, scanner ou IRM. Le froid est appliqué en plusieurs fois, pour amener les cellules à une température de -40 °C. À cette température, des glaçons se forment à l'intérieur de la cellule et peuvent la détruire. La glace qui se forme tout autour provoque un appel d'eau vers l'extérieur des cellules qui se rétractent puis gonflent à nouveau lorsqu'on les laisse se réchauffer, jusqu'à éclater. Le praticien applique donc le froid par vagues successives pour détruire des cellules sans laisser le froid s'étendre hors de la zone qu'il veut traiter.

Les débris des cellules éclatées sont ensuite éliminés par le système immunitaire, et notamment les globules blancs. Plusieurs études semblent indiquer que ce processus d'élimination des cellules détruites favorise la destruction des cellules cancéreuses restantes par le système immunitaire. En outre, le froid détruit également les petits vaisseaux sanguins qui alimentent, ce qui réduit le risque de récidive si quelques cellules cancéreuses échappent au traitement. «Le taux de récidive, pour les petites tumeurs du rein que nous traitons fréquemment dans notre service, est inférieur à 5 %», précise le Pr Éric de Kerviler, radiologue à l'hôpital Saint-Louis, à Paris. «Ces récidives peuvent souvent être traitées à nouveau par la même approche.»

Une quinzaine de centres en France

Cette technique, pratiquée par les radiologues interventionnels, est encore peu utilisée en France, notamment parce que les sondes sont coûteuses - environ 1000 euros chacune et qu'elle n'est pas encore remboursée par la Sécurité sociale. Il faut plusieurs sondes pour constituer une zone de froid et, plus la zone à traiter est importante, plus il faut de sondes: les petites tumeurs sont donc les premières cibles de cette approche. La cryoablation est largement pratiquée aux États-Unis pour de nombreux types de cancers, car elle peut se faire en dehors des blocs opératoires et sans anesthésiste. Elle est particulièrement utilisée pour les cancers de la prostate car elle permet d'éviter l'ablation complète ou la destruction du tissu environnant lorsque les tumeurs sont très localisées.

En France, où les anesthésistes commencent à manquer ainsi que le temps de bloc opératoire, elle commence à se développer au-delà des petites tumeurs du rein ou du sein, notamment dans les hôpitaux où radiologues et chirurgiens s'entendent bien. «Il existe désormais une quinzaine de centres en France qui se sont ouverts à cette technique. Chaque cas est discuté en équipe pluridisciplinaire pour appliquer la technique la plus bénéfique pour le patient», raconte le Pr de Kerviler. «Aujourd'hui, notre hôpital attire environ 30 % en plus de patients atteints de tumeurs du rein, qui seront traités par l'une ou l'autre approche.»

La France, domaine historique de la chirurgie, continue globalement à favoriser cette dernière mais, déjà, pour les patients âgés, fragiles ou présentant un risque de complications liées à l'anesthésie, le froid offre une solution nouvelle permettant de traiter plus de patients.

le figaro santé, 06/06/14

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